C’est une des images les plus tenaces qu’on ait du chat : une soucoupe de lait posée par terre. Elle est aussi fausse que répandue. Un chat adulte n’a aucun besoin de lait, et pour beaucoup d’entre eux, une soucoupe se solde par une diarrhée dans les heures qui suivent.
Ce qui suit distingue trois situations qu’on mélange souvent : le chat adulte, le chaton sevré, et le chaton nouveau-né qui ne tète pas sa mère. Ce ne sont pas les mêmes réponses, et la troisième est une urgence.
Pourquoi le lait de vache pose problème après le sevrage
Le lactose, le sucre du lait, ne traverse pas la paroi intestinale tel quel. Il doit d’abord être coupé en deux par une enzyme, la lactase, produite par l’intestin grêle. Un chaton en produit beaucoup, c’est son alimentation exclusive. Puis, au sevrage, la production s’effondre. C’est la règle chez la quasi-totalité des mammifères, l’être humain adulte d’Europe du Nord étant plutôt l’exception.
Chez le chat adulte, le lactose non digéré poursuit donc sa route jusqu’au côlon, où il fait deux choses : il retient l’eau dans l’intestin par appel osmotique, et il est fermenté par la flore. Résultat : gaz, ballonnement, selles molles ou diarrhée, généralement dans les six à douze heures.
Toute la nuance tient là : ce n’est pas une allergie et ce n’est pas dangereux en soi. C’est une question de dose. Certains chats tolèrent une lampée sans rien manifester, d’autres non, et rien ne permet de deviner lequel on a avant d’essayer. La SPA situe le seuil de tolérance autour de dix millilitres par kilo, soit trois à cinq centilitres pour un chat moyen. Autant dire pas grand-chose.
Et les briquettes de « lait pour chat » vendues en magasin ?
Ce sont des laits dont on a retiré l’essentiel du lactose. Sur le principe, elles règlent bien le problème digestif, et un chat qui aime ça peut en recevoir sans risque particulier.
Deux réserves quand même, rarement mentionnées sur l’emballage. La première est calorique : ces boissons ne sont pas de l’eau, elles apportent des calories qui s’ajoutent à la ration et qui comptent, surtout chez un chat d’intérieur stérilisé. La seconde est comportementale : un chat qui prend l’habitude du lait boit d’autant moins d’eau, or c’est exactement l’inverse de ce qu’on cherche chez une espèce dont les reins et la vessie sont le point faible.
Traitées comme une friandise occasionnelle, elles ne posent pas de problème. Comme boisson quotidienne, elles en créent.
Un chaton sevré a-t-il besoin de lait ?
Non. À partir du moment où il mange seul, vers sept à huit semaines, un chaton tire tout ce qu’il lui faut d’un aliment pour chaton, et de l’eau. Prolonger le lait ne le fait pas grandir plus vite, ne renforce rien, et lui donne des selles molles au moment précis où son transit se stabilise.
La seule chose qui compte à cet âge, c’est la densité de l’aliment : un chaton mange peu à la fois, souvent, et a besoin d’un aliment concentré, pas d’un volume de liquide.
Le cas qui change tout : le chaton qui ne tète pas
Là, on quitte le domaine du confort. Un chaton de moins de quatre semaines, orphelin, rejeté ou issu d’une portée trop nombreuse, n’a rien d’autre que le lait comme source d’énergie, et ses réserves se comptent en heures.
Il lui faut un lait maternisé, c’est-à-dire une poudre formulée pour reproduire le lait de chatte, à reconstituer à l’eau tiède et à donner au biberon. Le lait de chatte est bien plus riche en protéines et en matières grasses que le lait de vache : ce n’est pas une question de goût ni de tolérance, c’est une question de composition. Un chaton nourri au lait de vache s’affaiblit tout en ayant le ventre plein.
Le rythme, les quantités, la position, la stimulation après le repas et le passage au sevrage sont détaillés pas à pas dans notre guide : quel lait donner à un chaton et comment le nourrir au biberon. Les laits maternisés eux-mêmes, en poudre seule ou en coffret avec biberon, sont réunis dans le rayon lait maternisé pour chaton.
« Je n’ai rien sous la main ce soir, je fais quoi ? »
C’est la question la plus fréquente, et elle mérite une réponse franche plutôt qu’une recette.
Il n’existe pas de mélange maison qui égale un lait maternisé. Les recettes qui circulent, à base de lait concentré, de jaune d’œuf ou de crème, ont toutes le même défaut : un rapport calcium-phosphore inadapté, qui donne des anomalies osseuses en quelques semaines si on prolonge. Elles ne sont pas un substitut, tout au plus un dépannage de quelques heures.
Si vous êtes pris de court en pleine nuit, l’ordre des priorités n’est d’ailleurs pas celui qu’on croit :
- Réchauffer avant de nourrir. Un chaton froid ne digère pas, et le nourrir dans cet état peut le tuer. Contre le corps, ou sur une bouillotte tiède enveloppée, jamais brûlante.
- Réhydrater plutôt que gaver. De l’eau tiède, quelques gouttes à la seringue sans aiguille, passe mieux qu’un lait inadapté.
- Ne jamais donner de lait de vache, ni de lait infantile pour bébé humain, y compris « en attendant ».
- Se procurer un vrai lait maternisé dès l’ouverture d’une pharmacie ou d’une clinique. C’est le seul point non négociable.
Et un chaton mou, froid, qui ne cherche pas à téter ou dont le ventre est tendu ne relève pas du biberon mais du vétérinaire, le jour même.
Ce qu’il faut retenir
| Qui | Lait de vache | Ce qu’il lui faut |
|---|---|---|
| Chat adulte | Non | De l’eau. Une boisson délactosée à l’occasion, si elle lui fait plaisir |
| Chaton sevré | Non | Un aliment pour chaton, et de l’eau |
| Chaton non sevré | Jamais | Un lait maternisé au biberon, toutes les deux à trois heures |
En cas de doute sur l’état d’un chaton ou sur la tolérance digestive d’un chat adulte, demandez conseil à votre vétérinaire ou à votre pharmacien.